Journal d'une jeune fille irlandaise (1845-1847)

  • 19.00€

Collection: 
19.00€
Date de parution: 
20/06/2008
Etat du livre: 
Neuf
ISBN: 
9782847430164
Langue d'origine: 
Français
Nombre de pages: 
251

À travers le journal d'une jeune fille aisée en quête d'indépendance, ce roman retrace l'histoire et les conséquences de la Grande Famine (An Gorta Mor en gaélique) qui frappa l'Irlande entre 1845 et 1849, entraînant la mort de près d'un million de personnes.
Au fil des pages, le lecteur partage le destin de la famille d'Ann Mahoney et le sort des deux millions d'Irlandais embarqués au péril de leur vie à la recherche d'une vie meilleure au-delà des océans, en l'occurrence ici l'Australie et ses quatre mois de voyage en mer où la mort règne au quotidien.

Extraits: 

Youghal, jeudi 17 juillet 1845

Pour mes dix-sept ans, je viens de m’offrir ce magnifique journal. J’ai pris un soin particulier à le choisir parmi tant d’autres. Évidemment, mon envie immédiate fut d’écrire quelques pages dès mon retour à la maison. Chose hélas impossible en raison de la présence du petit James et de sa sœur en visite chez nous. Avec eux deux à mes côtés, j’ai abandonné l’idée de rédiger quoi que ce soit ! Cette journée douce et pluvieuse était pourtant propice à l’écriture. Je m’étais installée sur la table de la cuisine avec un foulard en guise de nappe pour protéger mon acquisition. Une tasse de thé et un biscuit à portée de main, tout était parfait pour quelques instants de tranquillité. Tant pis, remettons cela à plus tard !

 

Youghal, vendredi 18 juillet 1845

J’envie mes deux frères qui sont maintenant indépendants et peuvent vivre comme bon leur semble. John, le plus âgé de nous trois, habite Dublin depuis six ans où il dirige une entreprise de négoce. Il s’en sort très bien, ce qui ne me surprend guère tant il est dur en affaire, comme en famille d’ailleurs.

Patrick, de cinq ans mon aîné, étudie la médecine. Des deux, c’est lui qui me manque le plus. Il ne revient à la maison que le temps des vacances. Il paie ses études en travaillant dans une librairie durant ses heures libres. Papa et Maman ne sont pas très fortunés. Papa est certes médecin mais, si sa clientèle est composée de quelques familles bourgeoises, l’essentiel de ses patients est relativement modeste.

Maman a éprouvé beaucoup de chagrin à voir partir ses deux fils si loin, elle espérait qu’ils resteraient à Youghal.

Oui, je les envie tous les deux, car j’aimerais voler de mes propres ailes moi aussi.

 

Youghal, vendredi 25 juillet 1845

Nous n’avons jamais réellement parlé de mon avenir. À dix-sept ans, je ne suis plus une enfant, il serait temps d’aborder le sujet. À mon âge, Maman passait probablement ses après-midi à rendre ou recevoir des visites mondaines, à apprendre le piano, le dessin ou je ne sais quoi encore. Notre niveau de vie et nos habitudes sont loin de cette vie feutrée et bien réglée par le code de la haute bourgeoisie. En quittant Dublin, Maman a abandonné cette vie protégée. Elle aide désormais Papa le matin au cabinet médical. Elle l’assiste, gère ses visites, entretient son matériel et tient compagnie aux patients lorsqu’il est en visite. L’après-midi est réservé à la vie domestique. À l’aise mais non fortunés, nous n’avons pas de personnel à proprement parler, juste une bonne qui vient aider Maman tous les jours.

Maman a été élevée dans l’idée de s’accomplir au sein d’un mariage et d’un foyer. Il n’a jamais été question d’un autre avenir pour elle en dehors de sa famille. Pour ce qui me concerne, mes parents n’ont rien faire pour reproduire le modèle dans lequel ils ont grandi l’un et l’autre. Même si nous n’avons jamais vraiment envisagé mon avenir, ils n’ont jamais écarté l’idée que je puisse exercer une activité qui me permettrait d’être indépendante.

J’ai déjà posé quelques jalons en ce sens. Je me suis rendue la semaine dernière dans une institution pour jeunes filles afin de proposer mes services en qualité d’assistante d’anglais (à défaut de pouvoir briguée une meilleure place). Je connais la directrice par l’intermédiaire d’amis de la famille et j’espère que cela aboutira favorablement. Il faut vraiment que je parle à Papa et Maman et leur dise que je souhaite quitter la maison moi aussi. Mais je préfère attendre d’avoir quelque chose de concret à leur présenter. Je ne voudrais pas qu’ils s’imaginent qu’il s’agit là d’une lubie sans avenir.