La question minoritaire en Asie centrale: construction nationale, mobilisations ethniques et stratégies identitaires dans la vallée du Ferghana (1989-2010)

  • 30.00€

Collection: 
30.00€
Date de parution: 
28/12/2023
ISBN: 
978-2-84743-331-9
Préfacier: 
Olivier ROY
Nombre de pages: 
380

Les études sur l’Asie centrale ont connu un développement considérable depuis la fi n de l’Union soviétique et le retour sur la scène internationale d’une région restée longtemps isolée. Mais cet engouement a fini par se tarir pour laisser la place à des recherches transversales sur les régimes politiques, les questions de sécurité ou encore la lutte contre le terrorisme. Face aux bouleversements en cours et au besoin de comprendre les dynamiques sociopolitiques à l’oeuvre dans la région eurasiatique, de l’Ukraine à l’Afghanistan, du Haut-Karabakh à la Moldavie, cet ouvrage propose d’explorer précisément de l’intérieur le fonctionnement des sociétés multiculturelles d’Asie centrale. Fondé sur une approche pluridisciplinaire, il contribue à la production de connaissances empiriques sur la construction des États-nations et des identités nationales dans l’aire centrasiatique, en mettant la focale sur une catégorie particulière de la population – les minorités ethniques – et sur une microrégion représentative de la diversité culturelle de l’Asie centrale : la vallée du Ferghana.
 

Sommaire: 

Préface d’Olivier Roy

Préambule

Introduction
Le concept d’identité
La construction de l’État et de la nation
Le ciblage ethnique sur les minorités originaires d’Asie centrale
Le ciblage géographique sur la vallée du Ferghana
Structure de l’ouvrage

Première partie
La minorité au cœur de l’État : Construction historique, catégorisation et comptage des populations

I. La question minoritaire en Asie centrale : une construction identitaire historique et idéologique

A. La construction historique de l’identité des peuples autochtones d’Asie centrale
1)  Aperçu historique de l’Asie centrale précoloniale, une région de conquêtes et de vagues migratoires
2)  Les traits identitaires de la population précoloniale du Ferghana
3)  Les allogènes de l’empire russe : entre classification ethnique et mouvements nationaux
 a)  La colonisation russe
 b)  La catégorisation ethnique et le comptage de la population
 c)  Le djadidisme et les identités locales

B.  Débats idéologiques sur la mise en œuvre de la politique soviétique des nationalités
1) Le marxisme-léninisme et la question nationale
2) La politique des nationalités, une solution au retard de développement de l’Asie centrale
 a) Un postulat de base : la théorie marxiste de l’évolutionnisme
 b) La promotion des nouvelles identités en Asie centrale : nationalisation et indigénisation
c)  Les débats scientifiques sur la construction des nations centrasiatiques

C. Entre division territoriale et autonomie culturelle, le sort des minorités nationales de la vallée du Ferghana
1)  La Grande Démarcation Territoriale (1924-1936) : le morcellement de l’identité régionale ferghanaise
 2)  La promotion des langues nationales : une parcellisation linguistique des Centrasiatiques

II.  Déconstruire la « construction des identités » : identification, appartenance et stratégies identitaires

A.  Le transfert forcé des populations de la haute vallée du Zeravchan (1953-1960) : la rencontre des montagnards et des paysans du Ferghana
1)  Un programme de transfert à finalité économique et politique
 a)  Aux origines, un impérieux besoin de main-d’œuvre pour les plaines cotonnières
 b)  Les populations montagnardes en ligne de mire
 c)  Le transfert de la population montagnarde de Mastchoh : de l’appel au volontariat à la dissolution du district
2) La rencontre des montagnards tadjiks et des agriculteurs ouzbeks : une expérience identitaire inédite
a) Tadjiks vs Ouzbeks : aux origines de la catégorisation identitaire
b) L’arrivée dans les familles d’accueil : premier contact entre les déplacés « tadjiks » et leurs hôtes « ouzbeks »
c)  La recomposition sociale des Mastchohi au sein du kolkhoze : mixité ou résurgence des rivalités lignagères

B. L’exil des réfugiés de la guerre civile du Tadjikistan (1992-1997)
1) Un exil déterminé par l’origine ethnique et territoriale
2)  Au Tadjikistan, la prééminence des identités nationales
3)  En Ouzbékistan, une politique officiellement hostile aux réfugiés
4)  Au Kirghizstan, l’appel de la patrie sur fond d’intolérance

III. États-nations et recensements de population : la délicate question  
du comptage des minorités

A. Contexte historique : les pratiques de comptage d’hier à aujourd’hui
1)  L’héritage des comptages coloniaux et soviétiques
2)  État des lieux des données statistiques depuis 1991

B.  Les premiers recensements postsoviétiques : l’identité en question
1)  L’organisation des recensements de population au Kirghizstan et au Tadjikistan
2)  Le Dictionnaire des nationalités et la division des Ouzbeks de  la province du Sughd 
3)  Les résultats des recensements de population

C.  La falsification du recensement tadjik : le cas des Ouzbeks de la province de Sughd
1)   L’étonnant déclin démographique de la minorité ouzbèke
2)   À l’échelle des districts, des données contestables
3)   À l’échelle de la commune, la falsification comme une évidence

Deuxième partie
La représentation des minorités ethniques dans l’espace public

I.  L’institutionnalisation des minorités ethniques

A. L’émergence d’une société civile ethnique
1) L’apolitisation forcée des minorités d’Ouzbékistan
a) Une organisation tadjike ethno-politique audacieuse sous la perestroïka
b)  Les bornes culturelles posées par l’Ouzbékistan indépendant
2)  L’auto-confinement culturel des Ouzbeks du Tadjikistan
a)  Face au nationalisme tadjik, le choix d’un statut culturel
b)  Après la guerre, un outil politique pour participer à la reconstruction nationale
3)  La fragmentation de la société civile ouzbèke du Kirghizstan
a)  Le conflit de 1990 à l’origine du Centre culturel national ouzbek
b)  La rupture des organisations dissidentes

B. La poitique multiculturelle : une diversité de dispositifs de concertation entre les États et leurs minorités 
1)  La Maison de l’Amitié des peuples : entre promotion, coordination et contrôle
2)  Au Tadjikistan, un Conseil civique à l’écoute de ses citoyens
3)  Au Kirghizstan, l’efficacité de l’Assemblée du peuple en question

C.  La population extérieure diasporique des États : de la neutralité au rapatriement des co-ethniques de l’étranger
1)  Une rhétorique diasporique institutionnalisée
a)  Des récits de la nation historique
b)  Les congrès pan-ethniques mondiaux, première étape de l’institutionnalisation
2)  Les minorités co-ethniques de l'étranger au cœur des négociations interétatiques
a)  La garantie d’une liberté de mouvement
b)  La question de la double citoyenneté
3)  Les politiques de rapatriement et le statut spécial reconnu aux rapatriés co-ethniques
a) Une politique de rapatriement pour quel public ?
b) Kairylman : le statut juridique du rapatrié
c)  L’intégration des rapatriés : les limites du programme

II.  La représentation des minorités ethniques dans les médias

A.  Le cadre théorique : une interaction entre ethnicité et médias

B.   La typologie des médias ethniques
1)   Les médias ethniques contrôlés par l’État
2)   Les médias édités par des associations ethniques
3)   Les médias ethniques privés

C.   Le rôle des médias ethniques dans la représentation des minorités de la vallée du Ferghana
1)   L’approche ethnique : une stratégie de survie culturelle
2)   L’approche civique : une intégration à la société dominante

D.   Les enjeux et limites des médias ethniques d’Asie centrale
1)   La formation des journalistes de médias ethniques
2)   La loi du marché et les financements : l’indépendance menacée des médias ethniques
3)    La communication transfrontalière : une solution aux barrières stato-nationales

III.  Des revendications portées sur la scène publique : de la mobilisation  ethno-politique aux violences interethniques

A.  Les premières revendications ethniques (1989-1997)
1)  De la théorie à la pratique des revendications ethno-politiques
a)  La théorie des mouvements sociaux et la construction stato-nationale
b)  Les premières formes de revendications ethno-politiques
2)  L’activisme ethnique, une menace à la sécurité nationale : le cas de l’Ouzbékistan
a)  La politique sécuritaire de l’Ouzbékistan
b)  Des organisations et des activistes sous pression
3)  Le succès des négociations au Tadjikistan et au Kirghizstan
a)  Les avancées de la minorité ouzbèke au Kirghizstan
b)  Un jeu risqué d’allégeance ethnique au pouvoir

B.  Les jeunes élites ethniques : de nouveaux modèles de mobilisation ethno-politique
1)  Au Tadjikistan, les effets de la guerre et du clivage régional
a)  Passation de pouvoir à la direction de la Société des Ouzbeks
b)  Dans la province de Sughd, un clivage sur fond de lutte d’influence
c)  Menaces sur la cohésion de la Société des Ouzbeks au Tadjikistan
2)  Au Kirghizstan, les modèles de mobilisation ethno-politique de la nouvelle élite ouzbèke
a)  Le complexe éducatif de Kakyrzhan Batyrov, une illustration d’autonomisation de l’élite ouzbèke de Jalal-Abad
b)  La corporation médiatique de Davron Sabirov, un outil au service d’intérêts politiques personnels
3)  Une modélisation de la mobilisation ethno-politique en Asie centrale
a)  Facteurs de variation de la capacité de mobilisation ethno-politique
b)  Typologie des activistes ethniques

C.  Comprendre les violences interethniques de juin 2010 au Kirghizstan
1)   Contexte politique et économique de l’année 2010
a)   Un gouvernement de transition faible
b)   Un contrôle clanique des richesses économiques
2)   L’irruption du conflit interethnique en juin 2010
a)   Le processus d’ethnicisation des violences
b)   La persistance de représentations négatives
3)   Les conséquences du conflit
a)   L’attentisme de la Russie et la méfiance de l’Ouzbékistan
b)   Le retour au calme et les espoirs du parlementarisme

Troisième partie
La langue d’enseignement, au cœur des stratégies identitaires individuelles

I.   L’héritage soviétique de l’éducation dans la langue maternelle

A.  La solution soviétique de l’éducation des masses
1)  Les effets de la politique des nationalités : promotion culturelle ou parcellisation des langues locales ?
2)  L’ethnicisation des écoles : un système de double tutelle
3)  Du bilinguisme à la prééminence du russe

B.  Le statut des langues après les indépendances : un enjeu de reconnaissance des droits linguistiques des minorités
1)   La promotion des langues nationales
2)   L’alphabet : un outil d’affirmation identitaire
3)   Une hiérarchisation du statut des langues : langue d’État, langue officielle et autres langues

C.   L’enseignement dans la langue maternelle : du droit à la pratique
1)   Un cadre législatif flou : entre principe de non-discrimination et promotion d’un droit reconnu
2)   Question terminologique : des écoles de langue minoritaire pour,quelles minorités ?
3)   Un état des lieux du système éducatif au moment des indépendances

II.   Politiques éducatives et revendications ethniques : une même conception essentialiste de l’identité

A.  Les politiques éducatives : un instrument de formation des nouvelles identités nationales
1)   Les premières années d’indépendance : une réforme frileuse des politiques et des méthodes d’enseignement
2)   Une priorité donnée aux matières sensibles et aux écoles de la nation titulaire
3)   Le fonds scolaire, un mécanisme libéral d’autogestion des écoles minoritaires
c)   La formation continue des enseignants : une décentralisation risquée
d)   En Ouzbékistan, des écoles minoritaires sous contrainte
2)   Inculquer des valeurs civiques par un contenu harmonisé des programmes : de la politique nationale à l’aide internationale
a)   Une première mesure : la traduction des manuels scolaires
b)   La communauté internationale à la rescousse du droit des minorités

B.   Le discours des activistes ethniques sur l’éducation : un moyen de mobiliser  leurs minorités
1)   Une dynamique initiée sous la perestroïka
a)   Victoires et déboires du printemps démocratique en Ouzbékistan
b)   Les prémices de l’activisme ethnique au Tadjikistan et au Kirghizstan
2)   Au Kirghizstan, la société civile ouzbèke au secours des écoles
a)   Des initiatives pour renouveler les manuels scolaires…
b)   … mais un impact encore trop limité
3)   Le rétablissement de la double tutelle éducative entre le Kirghizstan et le Tadjikistan
a)   Un accord de coopération éducative porté par les associations ethniques
b)   La difficile mise en œuvre de l’accord dans l’enseignement supérieur

III.  L’émergence de nouvelles stratégies individuelles d’éducation

A.  Modéliser le choix individuel de la langue d’enseignement en fonction de facteurs contextuels
1)  La théorie du groupe de référence
2)  Variables d’analyse et facteurs contextuels
3)  Les minorités et leurs stratégies identitaires : définition du modèle

B.  Dans les communautés géographiquement isolées et à faible diversité ethnique, le maintien d’un conservatisme linguistique
1)  Les stratégies de survie des communautés à faible diversité ethnique
a)  Tcharbak : la défense de l’enseignement en langue maternelle
b)   Kosonsoi : l’artifice du pasport tadjik pour maintenir un semblant d’enseignement en langue maternelle
c)   Kuruma : l’échec amer du pasport ouzbek
2)   Des communautés bi-ethniques en opposition au groupe titulaire
3)   En Ouzbékistan, les effets contradictoires de la politique éducative  sur le choix des parents
4)   Une stratégie alternative pour le groupe titulaire en situation locale de minorité

C.   Dans les communautés plus ouvertes et ethniquement diversifiées, la volonté d’une intégration civique
1)    En Ouzbékistan, la langue d’État comme choix volontaire parfois « forcé »
a)    Les Tadjiks de Qaratepa, intégrés à la société ouzbèke environnante
b)    Echontöpi : des Kirghiz en voie d’ouzbékisation
c)    Ardai : un choix « volontaire forcé » de la langue ouzbèke
2)    Au Tadjikistan et au Kirghizstan, le groupe titulaire comme référence normative pour une meilleure intégration civique des minorités
a)    Taghoiak : une initiative portée par les Tadjiks en situation localede minorité
b)    Saiqörghon : une stratégie autonome d’intégration civique
c)    Ooghon-Talaa : une minorité ouzbèke entre affinité et opposition au groupe de référence kirghiz
3)    L’enseignement en russe, une stratégie alternative d’émigration
a)    Ooghon-Talaa : entre démarche d’intégration civique et stratégie d’émigration
b)    Les Ouzbeks de Spitamen : l’apprentissage du russe pour les futurs migrants
4)    L’enseignement en ouzbek : une stratégie alternative régionale

D.   Conclusion : l’influence des facteurs contextuels sur les formes d’expression identitaire

Conclusion

Bibliographie
Références générales
Références sur l’Asie centrale
Publications des administrations étatiques et des organisations internationales

Liste des annexes