Albert Piette est professeur à l'Université d'Amiens et membre de l'Institut Marcel Mauss (EHESS-CNRS).
Il est également le directeur de la collection "Anthropologiques"
Cette collection est partie d’un constat. Les sciences
sociales qui ont pour objet d’étudier la vie collective des
individus se détournent, au cours du processus de
recherche, de ce qui est pourtant la cible inéluctable de leur
regard : l’homme comme présent et existant. Ainsi, à
travers cette collection, l’objectif est de promouvoir des
ouvrages qui, sur base du savoir-faire méthodologique des
sciences sociales, en particulier d’observations rapprochées,
entrent en résonance avec d’autres disciplines comme la
philosophie, les sciences cognitives, la préhistoire, l’éthologie
ou la primatologie, pour construire une anthropologie, science
de l’homme.
Depuis plusieurs années, en photographiant les détails de la vie, en réfléchissant su rles méthodes d'observation ou en analysant le fait religieux, Albert Piette construit un travail véritablement anthropologique qui affronte directement la spécificité humaine plutôt que la diversité des cultures.
Dans ce livre, il commence par une comparaison des modes de présence des hommes et des singes et constate que la particularité des humains est la présence-absence et l'attention détachée. L'homme serait-il le seul animal à être minimal? Albert Piette s'interroge alors sur les origines de cette caractéristique à travers un détour dans les sites préhistoriques, commes les abris d'Homo erectus et les sépultures de l'Homme de Neandertal. Progressivement, les étapes-clés de la généalogie de la minimalité apparaissent : l'habitat, les objets, la perception subsidiaire, le langage, le marquage social et l'acte de croire. Albert Piette fait ensuite de cette caractéristique humaine un argument pour repenser l'anthropologie selon deux axes principaux: la méthode phénoménologique à travers l'observation rapprochée du cours de l'existence des hommes mais aussi d'autres êtres (comme les dieux, la société ou les animaux) et l'anthropologie existentiale comme théorie des modes d'exister, articulant action et présence.
Le livre se termine par une "rêverie" anthropologique qui montre l'enjeu éthique de ne pas oublier cette originalité de l'homme minimal et la nécessité d'une pédagogie de la minimalité.
Hommes et singes : questions de présence et d’absence 11
Portrait de l’homme minimal
Quand les singes rappellent comment (ne) sont (pas) les hommes
La différence
Généalogie de la minimalité
Le monde latéral
La naissance de l’être collectif
Homo sapiens sapiens et l’acte de croire
Minimalité et virtualité : l’anthropologie existentiale
Instants de présence
• Rythme et imbrications
• Effets, tissu et maillage
• États d’esprit
• Le minimum du minimum
• Présence de la société
Phénoménographier, c’est plus qu’observer
Homo religiosus ou la minimalité en acte
Rêverie d’un anthropologue
La connaissance des commencements
Cultiver l’intervalle
Bibliographie
ECHOS CRITIQUES
• Extrait de l'article "L'âme des cavernes".
"Une des découvertes les plus excitantes dans ce livre court et dense, c'est une intuition lumineuse de la différence fondamentale entre le singe et l'homme. On y trouve aussi une hypothèse très convaincante sur la raison pour laquelle Néandertal a disparu [...]. Dans cet essai [...], Albert Piette, professeur d'anthropologie à l'université d'Amiens et à l'EHESS, poursuit son étude des micro-oscillations de nos gestes et pensées les plus ordinaires, grâce à laquelle il construit une anthropologie du détail. [...] L'anthropologie d'Albert Piette n'est jamais loin de la philosophie, elle est voisine aussi de la primatologie. [...] Piette s'interroge sur la manière d'exister d'espèces disparues (Erectus, Néandertal...) et en déduit que c'est Homo sapiens qui a ajouté de la distraction. [...] Et, en effet, il suffit d'observer un humain dans son environnement habituel pour se demander : Pourquoi donc l'homme aime-t-il les détails, les choses sans importance ? [...] [Piette] fait une proposition : la conscience de la mort aurait été trop pénible pour le Néandertalien. Et pose une question qui donne le vertige : Et si la réussite de l'Homme moderne était d'avoir injecté un "pas vraiment" dans ses actes et ses pensées ?" Natalie LEVISALLES
Libération, jeudi 3 décembre 2009, rubrique Essais Livres, p. VII
• Anthropologie de la présence et de l’attention chez Albert Piette, par Alexandra Bidet dans Sociologie du travail, 52, 2010, pp. 436-438.
« Des qualités rares : la hauteur de vue du questionnement anthropologique, et la précision empirique d’une micro-observation. Cette entreprise ambitieuse aide à ne pas réduire le social à l’intersubjectivité. Etudier les modes de présence permet de théoriser ce qui rend chacun irréductible à un rôle ou un statut social préexistant, donc à un « petit travailleur infatigable du social ». Les humains, si l’on suit de façon rapprochée leurs circulations quotidiennes et leurs présences, sont loin d’être « rivés aux impératifs de la communication, du lien et des enjeux sociaux comme le seraient les animaux ». Si l’Homo sapiens sapiens est le seul à ne pas s’épuiser dans l’activité, en mélangeant, dans la simultanéité et la modalisation, travail et repos, activité et passivité, enjeux importants et détails, l’attention au « mode mineur » peut aussi, dans le champ du travail, aider à expliciter les limites des approches en termes de « développement », qui ne valorisent et n’associent à une félicité que les temps forts de l’action, seuls saisis comme création de soi. »
www.cmh.ens.fr/hopfichiers/fichierspub/Albert%20Piette%20_Bidetvf.doc
• Etre humain, être dans la lune ?, par Augustin Berque, dans EspacesTemps.net, septembre 2010.
« Si « existentiale » rappelle évidemment Heidegger, « Anthropologie existentiale » ne manquera pas davantage d’évoquer certaine Anthropologie structurale (Lévi-Strauss, 1958). C’est placer d’emblée la barre très haut. Disons tout de suite que l’auteur ne se ridiculise pas, car son livre tourne autour d’une idée forte, et incontestablement existentiale : Homo sapiens sapiens est capable d’être absent quand il est là, vivant donc sa situation présente sur le « mode mineur » du « pas vraiment ». Piette utilise plusieurs termes pour cerner cette capacité. Telle, d’abord, la « reposité », qui se définit par quatre éléments : l’économie cognitive, qui « permet à l’homme, sur la base d’habitudes, d’expériences antérieures et de scénarios mentaux, de ne pas vérifier toutes les informations ou compétences nécessaires pour accomplir une action » (p. 15) ; la docilité, ou « possibilité de conserver les appuis, les règles et les valeurs présentes, les indices et les repères existants » (ibid.), plutôt que de les changer à chaque nouvelle situation ; la fluidité, ou « possibilité d’associer des informations ou des modes de raisonnement contraires ou contradictoires dans une même situation » (ibid.) ; enfin la distraction, ou « capacité cognitive d’associer un être, un objet ou un événement à l’état de détail (sans importance), à n’en faire qu’un élément de distraction, sans compromettre l’attention minimale requise dans la situation » (ibid.). »
http://www.espacestemps.net/document8278.html
• Compte-rendu de Daniel Vidal, dans Archives des sciences sociales des religions, 152, 2010.
« C’est à un débat de première importance que nous convie le nouvel ouvrage d’A. Piette. […] Anthropologie existentiale reprend l’ensemble de cette thèse « minimaliste », et en explicite avec précision la généalogie. Car cet assentiment au repos – à l’indifférence, à cette « capacité immédiate de détachement », à cet « amortissement » des tensions et des conflits propres à toute action –, est le résultat, selon A. Piette, d’une séparation décisive avec les espèces contemporaines de l’Homo sapiens sapiens. Lui seul fut capable de (se) penser comme homme capable de « ne pas savoir, ne pas vouloir, ne pas tirer les conséquences » – bref, comme homme exactement présent à lui-même et aux autres, ayant pouvoir de penser « ailleurs » et au-delà, fondant ainsi la croyance comme capacité cognitive centrale dans le procès d’humanisation. Certes, ces grands « détecteurs de signes » que sont les singes, les grands comme les plus « humbles », sont capables d’hésitations calculées, d’indifférences feintes, de détours stratégiques, etc., mais ce sont là éléments précurseurs de base : ils ne renvoient à aucun « dégagement de la présence par rapport à l’action », qui qualifie seule l’homme. Un monde « mineur » ne peut se déduire de ces stratégies, qui, chez l’espèce humaine, se déploie, se requiert, se « modalise » au cœur, et au revers ou au dehors, de l’ « action travaillante ». Dans le cours de cette action, un autre monde est possible et nécessaire, un autre mode, une autre modalisation, qui sont véritablement les conditions d’une présence. D’une existence, hors, précisément, de la loi du nombre et de la norme du social. »
http://assr.revues.org/22077